Docteur Antoinette

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samedi 23 octobre 2010

Sonotone, Perfusion et Fauteuil roulant

Monsieur Gérard Larcher, Président du Sénat a fait de l'humour hier soir après le vote de la loi sur les retraites Il a dit: "Nous terminons en ayant tous rangé nos fauteuils roulants, nos sonotones et nos perfusions".

Ce trait d'humour me parait déplacé au moment où l'on vote une loi qui à l'ambition d'être plus juste pour ceux qui ont été abimés par le travail

Les sourds par exposition au bruit au travail, sans protections, n'auront pas un pourcentage d'invalidité suffisant pour anticiper leur départ à la retraite!

Les salariés perfusé pour la chimiothérapie de leur cancer d'origine professionnelle n'auront pas le temps de vider les caisses de retraites!

Les salariés en fauteuil roulant suite à leur chutes au travail ont plus de chance , ils pourront en profiter eux!

Ce genre de déclaration de la part d'un responsable politique me parait indécent...

samedi 16 octobre 2010

« Zéro accidents du travail », vu sous l’angle d’un médecin du travail ...

Il est devenu tellement habituel de fixer, aux salariés, des objectifs « inatteignables » que personne ne relève plus en entreprise l’absurdité de l’objectif « Zéro accidents du travail ». Cet objectif est clamé par tous les dirigeants régionaux des grandes entreprises de service classées en bourse : ordures ménagères, distribution de l’eau, assainissement, etc. Ce message est activement relayé par leurs responsables hygiène-santé-environnement. Tous ces managers mettent en avant le souci qu’ils ont de la santé de leurs salariés, ce qui fait oublier leur regard en biais vers le cours de la bourse de leur société…

Comment, en effet, trouver de la marge de gain en ces temps difficiles où l’on ne peut plus pressés les salariés pour qu’ils travaillent davantage. Ces jeunes cadres, sur instruction de leur direction, ou peut être de leur propre initiative, ont l’ambition de réduire les coûts en diminuant la contribution de leur entreprise à la branche accident du travail et maladie professionnelle de la sécurité sociale. En effet pas d’accidents du travail pendant un an, c’est une baisse à venir du taux de cotisation pour cette contribution.

De cette ambition découle des pratiques « limites » :

  • accompagnement par la hiérarchie de l’accidenté aux urgences pour expliquer au médecin des urgences qu’un aménagement de poste est possible, et donc que l’arrêt est inutile…
  • exigence de visite de médecine du travail en urgence avec le médecin du travail pour aménager le poste de travail et éviter les jours d’arrêt en rapport avec un AT prescrit par le médecin des urgences. Dans quel cadre légal est-on ? Ce n’est pas une visite de pré reprise à la demande du salarié, le salarié ne l’a pas demandée. Ce n’est pas une visite de reprise à la demande de l’employeur : le salarie n’a pas eu d’arrêt de travail en en AT.
  • proposition faite au salarié de rester chez lui, avec son salaire payé pendant quelques jours, le temps que le médecin du travail donne un avis pour le poste adapté,
  • réalisation de l’enquête du CHSCT pendant l’arrêt de travail pour les salariés qui ont eu l’indélicatesse de prendre un arrêt ; j’ai même vu un employeur aller chercher chez lui le salarié pour cette enquête. Ce dispositif permet, m’a expliqué le service des ressources humaines, de ne pas perdre de temps lors de la reprise du travail…
  • classement des agences locales de l’entreprise selon leur taux d’AT et remise de médailles aux agences locales ayant le moins d’accidents, avec remise de bons d’achat aux salariés des agences les mieux classées !

Fixer l’objectif « Zéro accidents de travail » c’est nier que le travail a une forte composante humaine et qu’une erreur humaine est toujours possible.

Fixer l’objectif « Zéro accidents de travail » c’est nier que tout n’est pas prévisible : le verglas, le chauffard, le chien agressif du client…

Fixer l’objectif « Zéro accidents de travail » c’est encourager la non déclaration des accidents de travail ; les cadres locaux ont intérêt à ce que cet objectif soit atteint pour leur avancement à venir et le salarié ne veut pas être celui qui va faire perdre les bons d’achats à son agence.

Je ne supporte plus cette formulation d’objectif « Zéro accident du travail » qui nie le caractère humain du travail et je le dis parfois en CHSCT ou lorsque je rencontre les responsables locaux ou régionaux.

Les vieux cadres issus du terrain entendent, comprennent et partagent parfois mon point de vue mais il ne l’exprime pas dans l’entreprise ; ils veulent finir leur temps et ne passeront pas une minute de plus dans l’entreprise lorsque l’heure de la retraite sonnera.

Les jeunes cadres débutants sortant des grandes écoles et les dirigeants régionaux ne voient pas de quoi je parle. Ils travaillent beaucoup, Ils n’hésitent pas à sillonner leur secteur pour diffuser la bonne parole du « Zéro accident du travail » Il est vrai que ces jeunes cadres et ces responsables régionaux viennent au travail même malades, avec des plâtres et des béquilles. Il est vrai qu’ils travaillent beaucoup et fort tard mais ils prennent soins de téléphoner tous les soirs à 17h00 à leur enfant et lui font toujours une bise le soir, quand il rentre avant 20 heure 30… Ces cadres ne comprennent pas mon agacement face à leur objectif « Zéro accident du travail », mais ils ne comprennent vraiment pas non plus pourquoi le psychologue scolaire qui suit leur enfant veut les voir, personnellement. Il faut parfois revenir dans la vraie vie….

Je ne jette pas la pierre à ces jeunes cadres, ils sont happés par la quête permanente du profit de leur entreprise, ils ont envie de réussir leur carrière ; ils n’ont pas l’expérience du travail de terrain et de l’encadrement ; ils n’ont pas encore acquis un certain recul qui permet de ne pas tout relayer… quand la dignité humaine des salariés n’est plus respectée. Dr Antoinette, Médecin du travail

Mai 2010

jeudi 23 septembre 2010

INDÉPENDANCE DES MÉDECINS DU TRAVAIL EN DANGER! URGENCE +++

Le projet de la loi sur les retraites qui vient d'être adopté par l'Assemblée Nationale prévoit après l'article 25 une refonte de la santé au travail bafouant l'esprit de loi de 1946 fondatrice de la médecine du travail. Si ce texte était adopté également par le Sénat, les employeurs se retrouveraient en situation de conflit d'intérêt, les professionnels de la santé au travail perdraient leur indépendance, et la prévention de la santé au travail de chaque travailleur serait détériorée. Vous trouverez ci-dessous un communiqué de presse rédigé par l'ANDEVA et la FNATH qui illustrent mon propos.

Paris, le 14 septembre 2010 COMMUNIQUÉ DE PRESSE Imaginez les médecins du travail de France Télécom, EdF ou encore Renault, entièrement contrôlés par les chefs d’entreprise. La prévention des risques professionnels, notamment celle des fameux risques psychosociaux, prendrait l’option « Circulez, il n’y a rien à voir ! » « Des suicides chez nous ? Aucun rapport avec les conditions de travail ou le stress, que des malheureux avec des problèmes personnels… Vous pouvez d’ailleurs vérifier auprès de notre médecin du travail ». Confier les clés du poulailler au renard, c’est pourtant ce que s’apprête à faire discrètement le gouvernement avec la médecine du travail, dans un amendement n° 730 qui sera examiné aujourd’hui ou demain par l’Assemblée nationale, dans le cadre du volet pénibilité de la réforme des retraites. A la surprise générale, ce texte prévoit que, désormais, « les missions du médecin du travail sont exercées sous l’autorité de l’employeur », lequel doit également désigner « la ou les personnes compétentes dans l’entreprise pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels de l’entreprise ». Et comme si cela ne suffisait pas, la mission précise dévolue au médecin du travail, d’éviter toute altération de la santé, disparaît au profit d’une mission plus générale confiée au service de santé au travail, dirigé par un représentant des employeurs. Ainsi donc, le salarié remettrait entièrement sa santé entre les mains de son patron. Le gouvernement n’a tiré aucune leçon de l’affaire de l’amiante et s’apprête à supprimer l’un des contre-pouvoirs qui pouvait, dans l’entreprise, faire valoir des arguments médicaux et de santé publique pour éviter l’altération de la santé des salariés, du fait de mauvaises conditions de travail. L’ANDEVA et la FNATH, association des accidentés de la vie, dénoncent ce projet et appellent au rejet d’une réforme de la médecine du travail totalement à contre courant des conclusions des nombreux rapports qui, ces dernières années, ont recommandé au contraire un renforcement de l’indépendance des services de santé au travail, voire l’abandon de sa gestion par les seuls employeurs. Dernièrement, en juin, c’est le Conseil national de l’ordre des médecins qui, de façon prémonitoire, a rappelé au ministère du Travail que l’indépendance des médecins du travail ne devait pas « être altérée par de nouvelles règles de gouvernance des services de santé au travail ». A l’évidence, le gouvernement a décidé de s’asseoir sur les règles de déontologie médicale et souhaite une médecine du travail aux ordres du monde économique. Le Medef ne pouvait pas rêver mieux ! De plus, cet amendement représente un véritable passage en force d’une réforme qui devait être négociée avec les partenaires sociaux. L’ANDEVA et la FNATH appellent donc tous les parlementaires, députés et sénateurs, de la majorité comme de l’opposition, à bien mesurer les conséquences sanitaires de cet amendement s’il venait à être adopté mais aussi la responsabilité directe qu’ils porteraient quant à la santé des travailleurs.

F N A T H, Association des accidentés de la vie A N D E V A, Association nationale des victimes de l’amiante

Article tiré du site : http://andeva.fr Rubrique: Communiqués de presse